| Par un rapport véridique, j’ai découvert, dis-je, que Svein3, le roi des Danois, fut de presque tous les rois de son temps le plus heureux, au point qu’à d’heureuses prémices répondit, ce qui arrive rarement d’ordinaire, une fin bien plus heureuse encore aux yeux de Dieu et du monde.
2
| Il était, en effet, issu de la plus haute noblesse, ce qui est primordial parmi les hommes, et le gouvernement de l’empire qu’il administrait lui valut un grand prestige aux yeux du monde. La puissance divine lui accorda une si grande grâce que, même petit garçon, tout le monde l’aimait d’une affection profonde, à l’unique exception de son propre père4, qui le détestait, non qu’une faute de l’enfant le justifiât, mais par le seul effet de la jalousie. Devenu un jeune homme, il était chaque jour plus aimé du peuple, ce qui augmentait tant et plus la jalousie de son père, au point que celui-ci voulait le chasser de sa patrie, non plus secrètement, mais au su de tous, jurant dans ses déclarations qu’il ne régnerait pas après lui. Affligée de cet état de choses, l’armée, abandonnant le père, s’attacha au fils, qu’elle défendait activement. Pour trancher l’affaire, ils s’affrontent au combat : le père, blessé dans la bataille et mis en fuite, chercha refuge auprès des Slaves ; il mourut là-bas peu après, et Svein occupa son trône dans la paix.
3
| Avec quelle énergie et quelle clairvoyance il administra les affaires temporelles à ce moment-là, il me plaît de le rappeler en quelques mots pour qu’après cette digression il soit plus facile d’en venir progressivement à ce qui suit. Bref, bien qu’il vécût en paix, dans une parfaite sécurité, sans être inquiété par quelque attaque ennemie, il renforçait dans ses forteresses ce qui ne résisterait probablement en aucun cas face à des ennemis, s’il s’en présentait, comme s’il vivait dans la crainte perpétuelle d’un danger, et d’un danger imminent ; de plus, il ne tolérait de ses hommes aucun relâchement dans les préparatifs de ce qui était nécessaire à la guerre, sans doute de peur que l’inaction, comme c’est souvent le cas, n’amollît leurs cœurs virils. En revanche, il ne pouvait trouver aucune entreprise assez difficile pour y engager contre leur gré ses guerriers, que ses nombreuses et abondantes largesses avaient rendus dévoués et fidèles à sa personne. Et pour qu’on sache combien il tenait de place dans le cœur de ses hommes, je peux affirmer avec certitude que pas un seul ne s’est dérobé devant le danger par crainte de la mort et que, par fidélité envers lui, on se serait élancé sans trembler seul contre d’innombrables ennemis, voire à mains nues contre des hommes en armes, pour peu qu’un simple signal du roi eût été donné à ceux qui partaient combattre.
4
| Mais qu’on n’aille pas croire que j’ai composé cet éloge en inventant des mensonges pour m’attirer quelque bienveillance : dans ce qui va suivre, un observateur attentif distinguera si j’ai dit ou non la vérité. En effet, il est clair pour tout le monde, sans le moindre doute, que telle est l’habitude du genre humain : la plupart du temps, à la suite d’événements qui ont connu une issue heureuse, une imagination bouillonnante agite plus qu’il ne faut certains esprits ; et en raison de l’extrême liberté que procure l’oisiveté, d’aucuns entreprennent ce qu’ils osent à peine envisager et, à plus forte raison, faire quand ils sont en butte à l’adversité.
I
1
| Regem Danorum Sveinuma, inquam, veridica comperib relatione omnium sui temporis regum ferme fortunatissimum extitisse, adeo ut, quod raro contingic solet, principiisd felicibus secundum Deum et seculum multo felicior responderet exitus.
2
| Hic denique a nobilissimisa, quod primum est inter homines1, duxit originem, magnumque sibi decus secundum seculum peperit imperii quod administrabatb regimen. Tantam deinde illi gratiam divina concessit virtus ut etiam puerulus intimo affectu diligeretur ab omnibus, tantum patri proprio invisus, nulla hoc promerente puerulic culpa, sed sola turbante invidia. Qui factus juvenis in amore cottidied crescebat populi ; unde magis magisque invidia augebatur patri, adeo ut eum a patria, non jam clanculum, sed palam vellet expellere, jurandoe asserens eum post se regnaturum non esse. Unde dolens exercitus, relicto patre, haerebat filio et eum defensabat sedulo. Hujus rei gratiaf congrediuntur ing proelio ; in quo vulneratus fugatusque pater ad Sclavos fugit, et non multo post ibi obiit, et Sveinush ejus solium quiete tenuit.
3
| Quam strenue vero prudenterque interim secularia disposuerit negotia, paucis libet ad memoriam reducere, quatinus, his interpositis, facilius sit gradatim per haec ad subsequentia descendere. Denique cum nullo hostium incursu trepidus pacem in securitatea ageret, periculi semperb ac velut instantis metuens2, inc castris muniebatd quod hostibus, si adessent, nullatenus fortassee resisteret, nihilque suis quae bello necessaria forent praeparando patiebatur remissif3, scilicet ne per otium, ut assolet, viriles emollirentur animi4. Nullum tamen adeo difficile invenire poterat negotium ad quod invitos impulisset milites, quos multag liberali munificentia sibi fecerat obnoxios et fideles5. Atque ut scias quantus suorum fuerit in praecordiish, pro certo affirmare valeam quod nullus formidine mortis6 periculum refugereti, ejusque pro fidelitate hostibus innumeris solus, armatisj etiam manibus nudis, imperterritusk occurreret, si euntibus tantum regale praemonstraretur signum.
4
| Ata ne me credat aliquis haec falsa fingendo alicujus amoris gratiab compilarec : recte animadvertenti in subsequentibus patebit utrum vera dixerim an minime. Omnibus enim liquet procul dubio quoniam humanitatis ita sese habeat consuetudo7, ut plerumque ex rebus prospere cedentibusd8 mentes quorumdam plus aequo exagitet cogitationum aestus ; atque ex nimia in otioe licentia aggrediuntur aliqui quod vix cogitare, nedum facere audent in adversitate positi.
II
1
| Ainsi en fut-il également pour les guerriers de ce roi : alors que tout leur avait bien réussi pendant la longue paix qui avait été conclue, forts de la stabilité durable qu’ils devaient aux bienfaits de leur seigneur, ils trouvèrent bon de conseiller à celui-ci, qui nourrissait le même projet, d’adjoindre le pays des Anglais au territoire sur lequel il avait autorité, en s’en emparant par le sort des armes.
2
| « Thorkell, disent-ils, le chef de ton armée5, est parti avec ta permission, Seigneur Roi, pour venger son frère tué là-bas ; ayant emmené une grande partie de tes troupes, il se félicite d’avoir remporté la victoire, et maintenant, c’est en vainqueur qu’il occupe la moitié sud du pays ; mais comme il vit là-bas loin de sa patrie et qu’il a gagné l’amitié des Anglais qu’il a vaincus avec tes troupes, il préfère s’en glorifier plutôt que de se placer sous tes ordres en ramenant l’armée et qu’on t’attribue la victoire. Et nous voilà maintenant privés déloyalement de nos compagnons et des quarante navires qu’il a emmenés avec lui chargés de l’élite des guerriers danois.
3
| Que notre seigneur ne supporte pas une perte si dommageable, et qu’il parte à la tête de son armée, qui y aspire, et nous nous saisirons pour lui de ce rebelle de Thorkell, de ses hommes, ainsi que de leurs alliés anglais avec toutes leurs possessions. Nous savons, en effet, qu’ils ne peuvent pas résister longtemps, parce que nos compatriotes repasseront volontiers de notre côté. Et si jamais ils y consentent, le roi, épargnant les Danois et leur chef, leur conférera des honneurs. Si, en revanche, ils refusent, ils comprendront qui ils ont méprisé : privés de cette patrie-ci et de l’autre, ils seront parmi les premiers ennemis du roi à subir leur châtiment. »
II
1
| Ita etiam praelibati regis militibus, cum in compositae pacis9 diuturnitate cuncta cessissent prospere, firma sui pro benefactis domini fretis stabilitate, eadem ipsi agitanti placuit suadere terram Anglicam invadendo sorte bellica imperii sui finibus adjicerea.
2
| « Thurkila, inquiunt, princepsb militiae tuae, domine rex, licentia a te accepta, abiit, ut fratrem suum inibi interfectum ulciscereturc ; et magnam partem exercitus tui abducens vicisse se gaudet, et nunc meridianam partem provinciae victor obtinet, acd mavult ibi exsul degens amicusque factus Anglorum quos tua manu vicit gloriari quam exercitum reducens tibi subdi tibique victoriam ascribi10. Et nunc fraudamur sociis et quadraginta puppibus quas secum duxit onustas de Danorum bellatoribus primis.
3
| Non tam grave dominus noster patiatur dispendium, sed abiens cupientem ducat exercitum, et illi Thurkil contumacem adquiremus cum suis satellitibus, eis quoque foederatos Anglos cum omnibus eorum possessionibus. Scimus enim diu eosa non posseb resistere, quia nostrates viri ad nos transibuntc facile. Quod si eosd velle contigerit, rex duci suo Danisque parcense eos honoribus ampliabitf. Sig autem noluerinth, quem despexere sentient : hac illaque patria privati inter primos hostes regis poenas luent. »
III
1
| Quand le roi entendit cette exhortation à la conquête, tout d’abord, il commença, en son for intérieur, par en être grandement surpris : le projet que, depuis longtemps, il avait lui-même secrètement en tête en se gardant d’en souffler mot, était venu de la même manière à l’esprit de ses guerriers, qui ignoraient ses desseins. C’est pourquoi, après avoir fait venir Cnut, son fils aîné, il entreprit de lui demander ce qu’il pensait d’une telle affaire. À cette question posée par son père, craignant que ne lui fût reprochée une manœuvre inspirée par la lâcheté s’il venait à s’opposer à son désir, non seulement il approuve le projet d’invasion de ce pays, mais encore il pousse et insiste pour que l’on n’en diffère pas d’un seul instant l’exécution. Conforté par l’avis des grands et confiant dans le dévouement de ses soldats, le roi ordonna donc d’armer une flotte importante et d’avertir partout l’ensemble des forces danoises : qu’elles se présentent en armes au jour fixé et que, après avoir entendu la décision du roi, elles exécutent avec le plus grand dévouement tous les ordres reçus.
2
| Sur ordre de leur seigneur, des courriers sillonnent bientôt tout le territoire, et ils préviennent la population, qui vit en paix, que nul homme de cette armée considérable ne doit manquer à l’appel : tout guerrier du pays doit accourir à son commandement ou encourir sa colère. Et alors ? Ils se rassemblent sans que se manifeste la moindre opposition et ils se présentent devant leur roi, équipés pour la guerre et rangés par unités, montrant qu’ils sont prêts à affronter le danger et la mort, pour peu qu’ils puissent accomplir la volonté de leur seigneur.
3
| Embrassant du regard la foule innombrable, le roi fit alors connaître sa volonté par la voix d’un héraut : il désirait armer une flotte contre les Anglais et soumettre leur pays tout entier à son autorité, par le fer ou par la ruse. Ce projet ayant rallié tous les suffrages, il commença par choisir les hommes qui auraient à défendre son royaume, de peur de perdre celui qu’il détenait en toute sécurité, tandis qu’il se risquait à tenter la conquête d’un autre, et de ne gouverner aucun pays s’il était absorbé par le soin de deux. Or, il avait deux fils, dotés d’un bon naturel : il attacha l’aîné à sa suite, et il confia au cadet6 le gouvernement de tout son royaume, après lui avoir adjoint une force militaire et quelques dignitaires chargés de former le tout jeune homme avec sagacité et de lui faire comme un rempart de leurs conseils et de leurs armes.
III
1
| Hujus rei adhortationem rex ubia audiitb, primum secum mirari non mediocriter coepit, quia quod ipsic diu dissimulanti celantique in mentem venerat itidem militibus cogitationem ejus ignorantibus animo sederat11. Accersito itaque Cnutoned, filio suo majore, quid sibi super hoc negotiie videretur orsus est inquirere. Inquisitus autem ille a patref, metuens ne redargueretur, si placito contrairet, technag socordiaeh non tantum terram adeundam esse approbabati, verum etiam instigat hortaturque ne mora ulla inceptum detineat. Ergo rex, consultu optimatum firmatus militumque benivolentia fisus, classem numerosam jussit parari et universam militiam Danorum undique moneri ut statuto die armata adesset et, regis sententiam audiens, quaequej imperarentur devotissime expleret.
2
| Cursores mox provinciae ex jussu domini sui cunctam pergirant regionem ; quietama quoque commonefaciuntb gentem ne quis ex tanto exercituc deesset, quin omnis bellator terrae aut iram regis incurreret aut jussioni ejus advolaret. Quid ergo ? Absque contradictione adunantur instructique armis bellicis12 gregatim regi suo praesentantur, ostentantes se paratos ad periculum et ad mortem, si tantum domini suid queant perficere voluntatem.
3
| Rex autem, videns populum innumerabilem, voce praeconariaa jussit suam patefieri voluntatem : se velle scilicet classem adversum Anglos armare dicionique suae omnem hanc patriam ferro dolisve13 subjicere. Quod ubi omnibusb visum esset laudabile, elegit primum qui regnum suum deberent custodire, nec, dum alienum incaute appeteret, illud quod securusd tenebat amitteret et intentus in utroque neutri imperarete. Habebat enim filios duosf bonae indolis, ex quibus primogenitum suo junxit comitatui, natug vero minorem praefecit universi regni dominatui, adjuncta ei copia militari paucisque primatum qui puerulum sagaciter instituerent et qui huic consiliis armisque pro muro essent14.
IV
1
| Une fois tout cela organisé dans les règles, le roi passa en revue ses compagnons d’expédition ; et, laissant son jeune fils7 sur son trône, il gagna son navire escorté de ses hommes en armes. À l’instant même, on accourt de toutes parts vers le rivage, on se passe partout de main en main les armes diverses qu’on a récoltées. Une fois rassemblés, les hommes embarquent enfin sur les bateaux pontés, chacun identifiant son chef d’après les proues garnies de bronze. De fait, on pouvait reconnaître sur les navires, d’un côté des lions coulés dans l’or, d’un autre des oiseaux en tête de mât indiquant par leur orientation d’où venaient les vents, ou divers dragons crachant par les naseaux un feu menaçant, ailleurs encore, des personnages éblouissants d’or ou d’argent massif, à peine différents des êtres animés, ou des taureaux à l’encolure altière, les pattes tendues, imitant le mugissement et la course de ceux qui sont en vie. On pouvait voir également des dauphins coulés dans l’électrum et des centaures du même alliage rappelant la légende d’autrefois. Je te parlerais aussi des nombreux ornements ciselés avec la même habileté, si les noms des monstres qui se trouvaient sculptés ne m’étaient pas inconnus.
2
| Et que te dire maintenant des flancs des navires, non seulement peints de motifs colorés, mais encore rehaussés de reliefs d’or et d’argent ? En outre, le vaisseau royal se distinguait de tous les autres par sa beauté autant que le roi surpassait ses guerriers par le prestige de son rang : mieux vaut que je n’en dise rien plutôt que d’en dire trop peu, eu égard à ses dimensions considérables.
3
| Sitôt le signal du départ donné, confiants dans une telle flotte, ils partent donc tout heureux, et les navires se déploient autour du vaisseau royal comme ils en avaient reçu l’ordre, une partie devant, une partie derrière, mais les proues allant de front. On pouvait alors voir se couvrir d’écume l’azur des flots fouettés sans trêve par les avirons, et le soleil, que reflétait le métal éclatant, déployer dans l’air le double de rayons.
4
| Que dire de plus ? Ils s’approchaient enfin du pays vers lequel leurs pensées étaient tournées, quand la nouvelle funeste de cet événement mit en émoi les populations du littoral. Sans plus attendre, les habitants du lieu se précipitent vers le port devant lequel la flotte du roi avait jeté l’ancre, prêts, en vain, à en interdire l’accès à plus fort qu’eux. Alors les soldats du roi quittent les navires, descendent à terre et, intrépides, s’équipent pour combattre à pied. D’abord, les ennemis se battent avec âpreté contre ceux qui leur font face, mais ensuite, mis en déroute par crainte du danger, ils offrent à leurs poursuivants toute facilité pour les blesser et les tuer.
5
| Ainsi, ayant mené ce premier combat comme il l’entendait, le roi envahit la région environnante après avoir dispersé et mis en fuite ses ennemis. Enhardi par un tel succès, il retourne à ses navires et attaque selon la même tactique les nombreux autres ports disséminés le long des côtes. Enfin, il soumet la totalité du pays au prix d’un tel labeur que, s’il vient à quelqu’un l’envie de retracer toute cette histoire en détail, il ne fatiguera pas qu’un peu son auditoire et se fera du tort à lui-même, ne pouvant nullement tout évoquer comme il l’aurait voulu.
IV
1
| Omnibus ergo rite dispositis15, recensuit comites expeditionis ; relictoque minore filio suaa in sedeb, adiit navigium vallatus armato milite16. Nec mora concurritur undique ad litorac, circumfertur passim armorum seges17 multigena. Adgregati tandem turritas ascendunt puppesd18, aeratis rostrise19 duces singulos videndisf20 discriminantes. Hinc enim erat cernere21 leones auro fusiles in puppibus, hinc autem volucres in summis malis venientesg austros22 suis signantes versibus23 aut dracones varios minantes incendia de naribus ; illinc homines de solido auro argentove rutilos vivis quodammodo non impares atque illinc tauros erectis sursum collis protensisque cruribus mugitus cursusque viventium simulantes. Videres quoque delphinos electro fusos veteremqueh rememorantes fabulam de eodem metallo centauros. Ejusdem praeterea caelaturae multa tibi dicerem insignia, si non monstrorum quae sculptai inerantj me laterent nomina.
2
| Sed quid nunc tibia latera carinarum memorem, non modo ornaticiisb depicta coloribus, verum etiam aureis argenteisque aspera signis24 ? Regia quoque puppis tanto pulchritudinec sui ceteris praestabat quanto rex suae dignitatis honore milites antecedebat ; de qua melius est ut sileam quam pro magnitudine sui pauca dicam25.
3
| Tali itaque freti classe, dato signo repente, gaudentes abeunt atque, utia jussi erant, pars ante, pars retro, aequatis tamen rostris, regiae puppi se circumferunt. Hic videres crebris tonsis verberata late spumare caerula26, metallique repercussum fulgore solem duplices radios extendereb in aera.
4
| Quid plura ? Tandem quoa intendebant animi appropiabant finibus, cum finitimos mari patrienses ejus rei sinister commovit nuntius. Nec mora : quo regia classis ancorasb fixit, incolae ejus loci concurrunt ad portum, potentiori se frustra parati defendere intrandi aditum. Denique, relictis navibus, regii milites ad terram exeunt et pedestri pugnae intrepidi sese accinguntc27. Hostes primo duriter contra resistentes dimicant ; postea verod periculi formidinee versi in fugam, sauciandi occidendique copiam persequentibus praestant.
5
| Ita rex, ex affectu primo proelio usus, adjacentem regionem invadit, fusis fugatisque hostibus28. Tunc tali successua factus audentior ad naves reditb, et reliquos portus, qui plures eam terram cingunt, eadem ratione invadit. Postremo universam patriam tanto labore perdomuit ut, si quis omnem historiam ejus ad plenum percurrere velit, non modicum auditores fatigabitc et sibimet injurius erit, dum ut voluit omnia perstringere minime valebit.
V
1
| Quant à moi, je laisse à un autre le soin de raconter ces événements : tout en y faisant allusion, j’aspire à aller au-delà, et, me hâtant de passer à autre chose, je vais évoquer la fin de Svein afin de pouvoir retracer le début du règne heureux du roi Cnut. En effet, à partir du moment où le roi dont j’ai beaucoup parlé eut été intronisé souverain de tout le pays des Anglais8 et que plus personne ou presque ne s’opposa à lui, il survécut peu de temps, mais, néanmoins, cette courte période fut glorieuse.
2
| Pressentant que sa mort physique était imminente, il fait appeler son fils Cnut, qu’il avait emmené avec lui : il lui fait savoir qu’il allait s’engager sur le chemin commun à toute chair. Après lui avoir donné force conseils sur la manière de tenir le gouvernail du royaume ainsi que sur la pratique assidue de la foi chrétienne, c’est à lui, le plus digne des hommes, qu’il remit le sceptre royal, grâces en soient rendues à Dieu. Les Danois, dont Cnut devait légitimement prendre le commandement, accueillirent très favorablement la disposition prise et se réjouirent que, du vivant de son père, il eût été établi comme roi à leur tête.
3
| Cela fait, le père prie son fils d’emporter son corps avec lui si jamais il retournait dans le pays de sa naissance et de ne pas permettre que son père, né dans un autre pays, soit enseveli en terre étrangère ; il savait en effet qu’il était haï de ces populations pour avoir envahi le royaume. Et, peu de temps après, il paya à la nature ses dernières dettes, rendant son âme aux cieux et restituant à la terre sa dépouille9.
V
1
| At ego haec alteri narranda relinquens, tangendo transire percupioa etb ad alia festinando stilum adplicaboc ad Sveinid obitum29, ut festivi regis Cnutonis regni elucidare queam exordium. Namque, ubie jam saepe dictus rex tota Anglorum patria est intronizatus et ubi jam paene illi nemo restitit, pauco supervixit tempore, sed tamen illud tantillum gloriose.
2
| Praesciens igitur dissolutionem sui corporis imminere30, filium suum Cnutonem, quem secum habuit, advocat : sese viam universae carnis ingredienduma31 indicat. Cui dum multa de regni gubernaculob multaque hortaretur de Christianitatis studio, Deo gratias ! illi virorum dignissimo sceptrum commisit regale. Hujus rei facto maxime Danic, quibus legitime praeesse debuit, favent eumque, patre adhuc vivente, regem super se constitui gaudent.
3
| Hoc ita facto, pater orat filium ut, si quando nativitatis suae rediret ad terram32, corpus paternum reportaret secum neve pateretur se alienigenama in externisb tumulari terris : noverat enim quia pro invasione regni illisc exosus erat populis. Nec multo post postrema naturae persolvit debita33, animam remittendod caelestibus, terrae autem reddendo membrae.