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Prologue

Prologusa

1| Que le Seigneur Jésus-Christ vous accorde le salut, ô Reine, vous qui, par la distinction de vos mœurs, l’emportez sur toutes celles qui appartiennent à votre sexe.

1| Salus tibi sit a Domino Jesu Christo, o regina, quae omnibus in hoc sexu positis praestas morum elegantiaa.

2| Moi, votre serviteur, je ne peux présenter, dans ce que j’ai fait, une œuvre digne de votre noble personne et je ne sais comment je pourrais, au moins par mes paroles, lui être agréable. Le fait que votre vertu surpasse le talent de quiconque parle de vous apparaît à tous ceux dont vous êtes connue avec plus d’éclat que la lumière même du soleil. 3| De ce fait, je suis tellement honoré de votre bienveillance à mon égard que je périrais sans trembler, si je croyais en cela vous être utile. Par mes écrits, et ce, d’autant que vous me le prescrivez, je suis donc impatient de transmettre à la postérité le souvenir des hauts faits accomplis, hauts faits, dis-je, qui touchent à votre gloire et à celle des vôtres, mais je me demande si j’ai les capacités suffisantes pour ce faire. 4| En effet, le propre du genre historique est d’exiger qu’on ne s’écarte pas de la voie directe de la vérité, égaré par l’erreur ; car, lorsqu’on mêle du faux au vrai en relatant les exploits d’autrui, que ce soit par mégarde ou, comme il arrive souvent, pour les embellir, il suffit que l’auditeur y ait découvert l’ajout d’un seul mensonge pour considérer les faits réels comme inventés. Les historiens doivent donc, à mon avis, soigneusement veiller à ne pas perdre jusqu’au nom qu’ils tiennent manifestement de cette fonction, en allant à l’encontre de la vérité par l’insertion de fausses allégations. En effet, si le fait fonde la vérité, la vérité aussi fonde le fait. 5| Me faisant cette réflexion et d’autres de ce genre, j’ai le cœur violemment tourmenté par la honte, quand je considère en même temps à quel point le comportement du genre humain se révèle détestable en de telles circonstances. En effet, voit-on quelqu’un se laissant porter par les mots pour exprimer la vérité d’un fait, on lui reproche avec âpreté la vanité de son bavardage ; mais en voit-on un autre dont j’ai dit qu’il a fui la calomnie et qu’il s’est montré plus réservé que de raison dans son récit, on dit qu’il a voilé ce qui est au grand jour, alors qu’il doit dévoiler ce qui est dissimulé. 6| Prisonnier d’un tel carcan, je crains donc d’être traité de bavard par les envieux si, pour écrire l’histoire, j’ai recours à une narration complexe sans me soucier de l’élégance du style. Mais, puisque je vois que je ne peux me soustraire à la rédaction qui m’attend, j’affirme qu’il faut choisir un de ces deux partis que je vais exposer, à savoir ou bien me soumettre aux jugements divers des gens, ou alors me taire sur ces sujets pour lesquels, Reine, ma dame, j’ai reçu vos directives, en faisant fi de celle qui me les a imposées. Voilà pourquoi je préfère que certains me taxent de verbiage plutôt que la vérité d’un événement tout à fait digne d’être rapporté ne reste dissimulée de mon fait.1 Et comme, faisant grand cas des ordres de ma dame, c’est la voie que je me suis choisie, j’abandonne maintenant les prétextes pour me dérober et je commencerai ici la rédaction de mon récit.

2| Ego, servus tuus, nobilitati tuaea digna factis meis exhibere nequeo quoque pactob verbis saltem illi placere possimc nescio. Quod enim cujuslibet peritiae loquentisd de te virtus tua praeminete omnibus a quibus cognosceris ipso solis jubare clarius lucet. 3| Te igitur erga me adeo bene meritam magni facio ut morti intrepidus occumberem1, si in rem tibi provenire crederem. Qua ex re, mihi etiam ut praecipis, memoriam reruma gestarum2, rerum inquam tuo tuorumque honori attinentium, litteris meisb posteritati mandare gestio, sed ad hoc faciendum me mihi sufficere posse dubito. 4| Hoc enim in historia proprium exigitur, ut nullo erroris diverticulo a recto veritatis tramite declinetur, quoniam, cum quis alicujus gesta scribens veritati falsa quaedam seu errando sive, ut saepe fit, ornatus gratia interserit, profecto, unius tantum comperta admixtione mendacii, auditor facta velut infecta ducit. Unde historicisa magnopere cavendum esse censeob nec veritati, quibusdamd falso interpositis, contraeundo nomen etiam perdat quod videtur3 haberee ex officiof. Res enim veritati, veritas quoque fidem facit rei. 5| Haec mecum aliaque hujusmodi mea reputante4, rubor animum vehementer excruciat cum pariter considero quam pessime in talibus sese humana consuetudo habeat5. Videns enim aliquis quempiam pro exprimenda rei veritate verbis indulgentem, vanae loquacitatis eum mordaciter redarguit ; alium vero quemb dixi blasphemium fugientem et aequo modestiorem in narratione, cum opertac denudare debeat, aperta occuluissed dicit. 6| Tali itaquea angustia circumsaeptusb, ab invidentibus loquax dici timeo, si, neglecta venustate dictaminisc, historiam scripturus multiplici narratione usus fuero. Quoniam vero quin scripturus simd evadere me non posse video, unum horum quae proponam eligendum esse autumoe, scilicet aut variisf judiciis hominum subjacere aut de hisg quae mihi a te, domina regina, praecepta sunt, praecipientem negligendo conticescereh. Malo itaque a quibusdam de loquacitate redargui quam veritatem maxime memorabilis rei per me omnibus occultari. Quocirca, quandoquidem jubentem dominam magni pendens hanc mihi elegi viam, excusabiles deinceps occasiones posthabens hinc narrationis contextionem faciam.