| Peut-être, lecteur, te demanderas-tu – et tu m’accuseras, moi, l’écrivain, d’erreur ou d’ignorance – pourquoi, au début de ce modeste ouvrage, je me suis fait le chantre des actions et des exploits de Svein, roi entreprenant s’il en fut, alors que je me suis engagé dans l’épître ci-dessus à rédiger ce livre à la louange de ma Dame.
2
| Tu conviendras toi-même qu’il en est ainsi et tu reconnaîtras que nulle part je n’ai dévié de son éloge, si tu rapproches judicieusement les premières pages des pages centrales, ainsi que les dernières des premières. Mais afin que le brouillard de l’ignorance ne t’empêche d’examiner cela, prends l’exemple que voici, emprunté à des faits similaires et tout à fait véridiques.
3
| Qui pourra contester que l’Énéide, composée par Virgile, ne cesse de faire l’éloge d’Octave, alors que, de toute évidence, il n’est presque pas, ou très rarement, fait mention de lui nominativement ? Admets donc que l’éloge adressé à ses ancêtres exalte en toutes circonstances la gloire de leur éclatante renommée pour son propre prestige. Dans le cas présent, qui niera que ce livre constitue en tout point un éloge de la reine, quand non seulement il est écrit à sa gloire, mais que, de surcroît, cette dernière en occupe manifestement une très grande partie ?
4
| Si cela ne te semble pas convaincant, une preuve manifeste d’un autre ordre te le démontrera. Tu le sais bien : où que tu traces un cercle, avant toute chose, tu commenceras par un point, et le cercle y sera ramené par un mouvement circulaire ininterrompu ; si bien que la circonférence de cette figure est refermée par ce retour à son point de départ. Avec la même continuité, l’éloge de la reine resplendit au début, il s’épanouit au milieu, on le retrouve à la fin : il embrasse absolument l’ensemble de l’ouvrage. Si tu es d’accord avec moi sur ce point, tires-en les conclusions.
I
1
| Fortasse, o lector, ambiges meque scriptorem errorisa aut inscitiae redargues, curb in hujus libelli capite actus laudesque Sveinic strenuissimid regis promulgaverim, cum in suprascripta epistola ipsum codicellum laudi hujus dominae mee spoponderimf facturum.
2
| Quod ita esse ipse fateberea mequeb ab ejus laudibus nusquam accipies deviare, si prima mediis atque si extima sagaci more conferas primis. Atque ut ad hoc intuendum nulla erroris impediaris nebula1, a similibus atque a penitus veris hoc tibi habeas theorema.
3
| Aeneidaa, conscriptam a Virgilio, quis poterit infitiari ubique laudibus respondere Octavianib, cum paene nihil aut plane parum ejus mentio videatur nominatim interseri ? Animadvertec igitur laudem suo generi ascriptamd ipsius decorie claritudinisf claritatisque in omnibus nobilitare gloriam. Quis autem hicg neget laudibus reginae hunc per omnia respondere codicem, cum non modo ad ejus gloriam scribatur, verum etiam ejush maximam videatur optinerei partem ?
4
| Id tibi si probabile nona videturb, evidentic alterius reid indicioe approbetur. Nosti quoniam, ubicumque giraverisf circulum, primo omnium procul dubio principium facies esse punctum, sicque, rotato continuatim orbe, reducetur circulusg, quo reductu ad suum principium ejus figuraeh continueturi ambitus. Similij igitur continuatione laus reginae claretk in primisl, in mediis viget, in ultimis invenitur, omnemquem prorsus codicis summam complectitur. Quodn esse mecum sentienso sicp colligeq.
II
1
| Svein, roi des Danois, fort de sa valeur, et aussi de sa puissance militaire et de son intelligence, soumit par la force le royaume anglais à son autorité et, au moment de mourir, il décida que son fils Cnut lui succéderait à la tête de ce royaume.
2
| Par la suite, ce dernier mena de nombreuses campagnes contre ces Anglais qui lui étaient hostiles et qui, avec acharnement, répondaient aussi par la force à l’usage de la force : le conflit n’aurait peut-être que difficilement, voire jamais, eu de fin si, par un effet de la grâce de notre Sauveur, le roi ne s’était uni finalement par les liens du mariage à cette très noble reine. Cette reine lui ayant donné un fils, Harthacnut, Cnut transmit de son vivant à ce dernier tout ce qui se soummettait à sa puissance.
3
| À la mort de son père, Harthacnut se trouvait absent d’Angleterre, car il était parti s’occuper du royaume danois ; cette absence donna à un usurpateur1 l’occasion de s’emparer, au mépris du droit, des territoires relevant de son autorité. Après s’être installé sur le trône, cet usurpateur tua le frère du roi2 par une trahison des plus infâmes. Cependant, la vengeance céleste qui s’ensuivit, châtiant l’impie, restitua le royaume à qui il était dû ; tout ceci deviendra plus clair dans la suite. Ainsi, après avoir recouvré son trône, Harthacnut, obéissant en toute chose aux conseils de sa mère, gouverna avec autorité son royaume, dont il assura le développement par ses richesses ; bien mieux, faisant preuve d’une extraordinaire générosité, il partagea les honneurs et les richesses du royaume avec son frère, comme il convenait de le faire.
4
| Lecteur, après avoir pris connaissance de ces faits et en avoir examiné l’enchaînement avec le regard attentif et même pénétrant de ton esprit, reconnais que la teneur du présent ouvrage correspond en tout point à un éloge de la reine Emma.
II
1
| Sveinusa, rex Danorumb, virtutec, armis quoqued pollens et consilio, Anglicum regnum vi suo subjugavit imperio2, moriensque ejusdem regni Cnutoneme filium successorem esse constituit.
2
| Hic postmodum, eisdem Anglisa contra se sentientibusb atque acriter vim inferentic vi quoque repugnantibus, multa confecit bella. Et fortasse vix aut numquam bellandi adesset finis, nisi tandem hujus nobilissimae reginae jugali copula potiretur, favente gratia Salvatoris. Vivensd adhuc de hace eadem regina suscepto filio, Hardecnutonif scilicet, quicquid suae parebat dicioni tradidit.
3
| Qui, defuncto patre, Anglicis absens erata, regnum siquidem Danorum procuraturus ierat ; quae absentia imperii sui fines invadendib injusto pervasori locum dedit. Qui, accepto regno, fratrem regis nefandissima proditione interemit. Sed divina ultio subsecuta impiumquec percutiens regnum cui debebatur restituit ; quod totum in textu planius liquebitd. Hardecnutoe itaque, receptof regno, maternis per omnia parens consiliis, divitiisg ampliando regnum imperialiter optinuit. Usus quinh etiam egregia liberalitatei, fratri, utpote decebat, secumj regni decus atque divitias impertivit.
4
| His enim animadversis, o lector, vigiliquea immo etiamb perspicaci oculo mentis perscrutato textu, intelligec hujus libelli seriem per omnia reginae Emmae laudibus respondered.