Cette première traduction française de la Hirðskrá s’appuie sur l’édition originale réalisée par Rudolf Keyser et Peter Andreas Munch et figurant dans le second volume de la Norges gamle Love (1848)1. Dans le présent ouvrage, nous avons procédé à une légère normalisation du texte original. Ainsi, la ponctuation a été modernisée : certains points ont été remplacés par des virgules et une majuscule marque le début des phrases. Devant les phrases des serments, nous avons remplacé les points par des deux-points. Nous avons aussi créé des paragraphes pour aérer le texte original et rendre sa lecture plus aisée. Dans le texte de la Norges gamle Love, certains termes ont été mal orthographiés. Ces erreurs ont été rectifiées et sont signalées par une note de bas de page.
Le but éminent de cette traduction est de fournir une version de la Loi de la hird qui puisse servir à ceux qui ont besoin d’une assistance dans leur compréhension du texte original, ainsi qu’aux lecteurs qui ne maîtrisent pas la langue nordique et dépendent entièrement d’une version française. Cette traduction est, par conséquent, très littérale et entend rester le plus fidèle possible au texte original. Cette démarche n’est pas propre à notre traduction. Elle fut celle des traducteurs de la Loi de la hird en norvégien2.
Traduire un texte norrois de l’époque médiévale en français moderne est un exercice délicat tant les différences culturelles et stylistiques entre les deux langues sont importantes. Comme le lecteur le constatera, il n’est pas toujours aisé d’opter pour des choix éditoriaux et linguistiques simples. Une traduction est un savant mélange de choix de principes et d’exceptions à ces mêmes choix. Le lecteur jugera lui-même de la pertinence de notre approche.
Le texte original de la Loi de la hird constitue à cet égard un défi important. La Loi de la hird est un texte normatif et non pas une œuvre littéraire. Elle ne répond pas à un besoin artistique, si modeste soit-il, mais bien à une certaine exigence de clarté – toute relative pour les contemporains que nous sommes – et surtout d’exhaustivité. Il faut bien admettre que le texte original de la Loi n’est pas élégant et ne cherche pas à l’être. De fait, les différentes dispositions législatives contiennent souvent des détails importants et des précisions et mentionnent des réserves, ou bien encore font état de circonstances particulières conférant au texte une certaine lourdeur syntaxique. La Loi est aussi le résultat d’un patient assemblage de lois anciennes et de dispositions plus récentes, de fait, écrites par des auteurs et en des styles différents. Les temps verbaux peuvent ainsi alterner entre le futur et le présent. Le résultat est un style « kronglete » (« tortueux / confus »), pour citer Steinar Imsen3, et qui a toujours posé problème aux traducteurs ! Dans son édition de la Hirðskrá dans Norges gamle Love, Munch dira même que « les phrases sans sens ne sont pas peu nombreuses »4.
Que faire face à un texte si ingrat et parfois singulièrement énigmatique ? Entre l’exigence de respecter le plus fidèlement le style d’écriture du document mais en même temps d’offrir au lecteur une traduction compréhensible, nous avons fait au mieux. Nous sommes d’avis que le contenant est tout aussi important que le contenu. Pour qui veut approcher et comprendre l’histoire et la culture de la Norvège médiévale, il n’est pas seulement important de savoir ce que les sources nous disent, mais aussi comment elles le disent. Aussi, face à certaines tournures de phrases du texte original peu claires et difficiles à traduire mot à mot, nous nous sommes efforcés de donner une traduction respectant le plus fidèlement possible le sens de ces phrases. Cependant, afin de rendre le texte plus accessible, nous avons opéré certains changements éditoriaux, syntaxiques et grammaticaux. Ainsi, tout comme cela a été fait dans le texte édité en 1848, le texte de la traduction a été divisé en plusieurs paragraphes. Les phrases norroises peuvent aussi être assez longues et aligner une succession de propositions qui ne sont pas (pour nous) toujours logiquement liées entre elles. Aussi, nous avons souvent, mais pas toujours, opté pour des phrases plus courtes et l’utilisation de connecteurs logiques tout en veillant à préserver le sens premier du texte original. En règle générale, la ponctuation suit les changements effectués dans le texte norrois de Keyser et Munch. La très grande variabilité des temps verbaux utilisés dans le texte original, imputables souvent à l’association de chapitres provenant de différents manuscrits, elle, a été conservée car il nous semble qu’elle n’affecte pas la compréhension du texte. Enfin, dans certaines phrases nous avons ajouté des termes entre crochets, le plus souvent là où les pronoms personnels rendent difficile l’identification du sujet.
Nous avons également choisi de garder certains termes de la langue originale ; leur traduction difficile en français ne pouvant, au mieux, qu’ajouter une certaine lourdeur à la traduction, et, dans le pire des cas, nourrir des confusions ou des contresens. Les titres et fonctions de la cour, même si certains ont des équivalents en français (c’est le cas du kanslar qui peut se traduire par « chancelier », ou bien encore du sýslumaðr qui correspond au « bailli »), n’ont ainsi pas été traduits dans un souci de cohérence. Ils sont présentés en italique et l’astérisque associé à leur première occurrence renvoie au glossaire en fin d’ouvrage, qui en donne une définition précise, et, nous l’espérons, éclairante. En revanche, les mots hird et jarl, qui sont assez communs en français, sont présentés en romain. Enfin, la toponymie moderne norvégienne a été utilisée pour traduire les noms de lieux en vieux norrois (villes et provinces), principalement dans le chapitre 36. Notre carte en annexe permettra au lecteur de les localiser. En règle générale, les noms de personnes ont aussi été traduits dans une version norvégienne moderne simplifiée, avec notamment le remplacement de la lettre å par á. Les exceptions concernent les noms de saint Olaf et du roi Sverre Sigurdsson, qui sont francisés, essentiellement parce que ces personnages sont déjà connus sous ces dénominations en France.
Pour finir, nous ne pouvons qu’insister sur le fait que, en raison de nécessaires choix d’interprétation, notamment de leurs imperfections, notre traduction ne saurait se substituer à un examen direct du texte original.